décembre 9, 2006 par andoar

HeideggerLe on et l’existence quotidienne

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“Cette distantialité inhérente à l’être-avec implique que le Dasein se tient, en tant qu’être-en-compagnie quotidien, sous l’emprise des autres Il n’est pas lui-même; l’être, les autres le lui ont confisqué. Le bon plaisir des autres dispose des possibilités d’être quotidiennes du Dasein. Par là ces autres ne sont pas des autres déterminés. au contraire, chaque autre peut en tenir lieu La seule chose décisive en pareil cas est que la domination des autres se remarque si peu que, sans s’en rendre compte, le Dasein en tant qu’être-avec l’a déjà reprise à son compte. On fait soi-même partie des autres et on renforce leur puissance. Les autres, comme on les appelle pour camoufler l’essentielle appartenance à eux qui nous est propre, sont ceux qui, dans l’être-en-compagnie quotidien, d’abord et le plus souvent, sont là. Le qui, ce n’est ni celui-ci, ni celui-là, ni nous autres, ni quelques uns, ni la somme de tous. Le qui est le neutre, le on…

Dans l’usage des moyens publics de transport en commun et dans le recours à des organes d’information (journal), chaque autre équivaut l’autre. Cet être-en-compagnie fond complètement le Dasein qui m’est propre dans le genre d’être des autres à tel point que les autres s’effacent à force d’être indifférenciés et anodins. C’est ainsi, sans attirer l’attention, que le on étend imperceptiblement la dictature qui porte sa marque. Nous nous réjouissons et nous nous amusons comme on se réjouit,; nous lisons, voyons et jugeons en matière de littérature et d’art comme on voit et juge; mais nous nous retirons aussi de la grande masse comme on s’en retire; nous trouvons révoltant ce que l’on trouve révoltant. Le on qui n’est rien de déterminé et que tous sont, encore que pas à titre de somme, prescrit le genre d’être à a la quotidienneté.

Le on a lui-même ses propres manières d’être. La tendance de l’être-avec que nous avons nommée la distantialité repose sur l’être-en-compagnie qui comme tel est préoccupé par l’être-dans-la-moyenne…

Cet être-dans-la-moyenne, à l’intérieur duquel est tout tracé d’avance jusqu’où il est possible et permis de se risquer, surveille toute exception tendant à se faire jour. toute primauté est sourdement ravalée. tout ce qui est original est terni du jour au lendemain comme archi-connu. tout ce qui a été enlevé de haute lutte passe dans n’importe quelle main. Tout secret perd sa force. Le souci d’être-dans-la-moyenne révèle une autre tendance essentielle au Dasein que nous appelons le nivellement de toutes les possibilités d’être…

Chacun est l’autre, aucun n’est lui-même. Le on avec lequel la question de savoir qui est le Dasein quotidien trouve sa réponse, c’est le personne à qui tout Dasein, à peine s’est-il mêlé aux autres s’est chaque fois déjà livré”.

Etre et Temps, Gallimard, p. 169-171.

décembre 9, 2006 par andoar

Fichtela promotion de la vie et la mort

“Toute mort dans la nature est naissance, et c’est justement dans l’agonie qu’est rendue visible l’élévation de la vie. Il n’y a pas dans la nature de principe qui tue, car la nature n’est que vie; ce n’est pas mort qui tue, mais la vie plus vivante qui commence, cachée derrière la vieille vie, et se développe. La mort et la naissance ne sont que la lutte de la vie avec elle-même, pour s’exposer toujours plus transfigurée et plus semblable à elle-même. Et ma mort pourrait-elle être autre chose – ma mort à moi, qui ne suis nullement une simple présentation et une simple reproduction de a vie, mais qui porte en moi-même la Vie originaire, la seule qui soit vraie et essentielle? Il n’est pas du tout pensable que la nature puisse anéantir une vie qui ne provient pas d’elle; cette nature qui n’est pas cause que je vis, mais qui ne vit elle-même qu’à cause de moi.

Mais même ma vie naturelle, même cette simple présentation aux yeux de l’être fini de la vie intime et invisible, elle ne peut pas l’anéantir, car il lui faudrait sinon pouvoir s’anéantir elle-même; elle qui n’existe que pour moi et à cause de moi, et qui n’est pas si ne je suis pas. C’est précisément parce qu’elle me tue qu’elle dot à nouveau me vivifier; c’est seulement devant mas vie supérieure, que se développe en elle, que ma vie actuelle peut disparaître; et ce que le mortel appelle la mort est le phénomène visible d’une seconde vivification”.

décembre 9, 2006 par andoar

DescartesCe que c’est que penser

“Par le mot de penser j’entends tout ce qui se fait en nous de telle sorte que nous l’apercevons immédiatement par nous-même; c’est pourquoi non seulement entendre, vouloir, imaginer, mais aussi sentir, est la même chose que penser. Car si je dis que je vois oui que je marche et que l’infère de là que je suis, si j’entends parler de l’action qui se fait avec mes yeux ou avec mes jambes, cette conclusion n’est pas tellement infaillible que je n’aie quelque sujet d’en douter, à cause, qu’il se peut faire que je pense voir ou marcher, encore que je n’ouvre point les yeux et que je ne bouge de ma place; car cela m’arrive quelque fois en dormant, et le même pourrait peut-être arriver si je n’avais point de corps: au lieu que, si’ j’entends parler seulement de l’action de ma pensée, ou du sentiment, c’est-à-dire de la connaissance qui est en moi, que fait qu’il me semble que je vois ou que je marche, cette même conclusion est absolument vraie que je n’en eux douter, à cause qu’elle se rapporte à l’âme, qui seule a la faculté de sentir, ou bien de penser en quelque façon que ce soit”.

décembre 9, 2006 par andoar

Henri BergsonLe mysticisme et l’expérience du divin

” Le mysticisme… doit fournir le moyen d’aborder en quelque sorte expérimentalement el problème de l’existence et de la nature de Dieu. Nous ne voyons pas, d’ailleurs, comment la philosophie l’aborderait autrement. D’une manière générale, nous estimons qu’un objet qui existe est un objet qui est perçu ou qui pourrait l’être. il est donc donné dans une expérience, réelle ou possible. Libre à vous de construire l’idée d’un objet ou d’un être, comme le font les géomètres pour une figure géométrique; mais l’expérience seule établira qu’il existe effectivement en dehors de l’idée ainsi construite. Direz-vous que toute la question est là, et qu’il s’agit précisément de savoir si un certain Etre ne se distinguerait pas de tous les autres en ce qu’il serait inaccessible à notre expérience et pourtant aussi réel qu’eux? Je l’admet un instant, encore qu’une affirmation de ce genre, et les raisonnement qu’on y joint, me paraissent impliquer une illusion fondamentale. Mais il restera à établir que l’Etre ainsi défini, ainsi démontré, est bien Dieu”.

Les Deux Sources de la Morale et de la religion, P.U.F. p.255.

décembre 9, 2006 par andoar

Giordano Bruno - l’âme du monde

“Tout ce que nous prenons dans l’univers, parce qu’il contient en soi ce qui est tout entier partout, comprend, suivant son mode, toute l’âme du monde, bien qu’il ne la renferme pas totalement, … cette âme est toute en n’importe quelle partie de l’univers. Puisque l’acte est un qu’il fait un seul être, en quelque lieu qu’il se trouve, nous n’avons pas à croire que, dans le monde, il y ait pluralité de substances et d’être réels…

Tous ces mondes innombrables que nous voyons dans l’univers, n’y sont pas dans un lieu qui les contient, comme une limite et un espace, mais plutôt comme dans un Etre qui en assure la cohésion et la conservation, comme dans un moteur et un efficient. Cet efficient est compris tout entier dans chacun des mondes, comme l’âme est tout entière dans chacune des parties de l’univers. dès lors, bien qu’une monde particulier se déplace vers un autre et autour de lui, comme la Terre vers le soleil et autour du soleil, néanmoins, au regard de l’univers, rien ne se meut ni vers lui, ni autour de lui, mais en lui.

De plus, à la façon de l’âme qui est, comme le veut aussi l’opinion commune (1), tout entière et à la fois indivise dans la grande masse, à laquelle elle donne l’être, et, par conséquent, identique et totale dans le tout dans n’importe quelle partie, -vous voulez que l’essence de l’univers soit la même dans l’infini et dans chaque chose prise comme membre de l’infini, de sorte que le tout, aussi bien, que la partie s’identifient selon la substance; c’est pourquoi il n’a pas été dit injustement par Parménide que l’univers est un, infini, immobile, quelque soit son intention.”

Cause, principe et unité, Edtions d’aujourd’hui, p.200-201.

décembre 8, 2006 par andoar

Quand l’image choisie et construite par quelqu’un d’autre est devenue le principal rapport de l’individu au monde qu’auparavant il regardait par lui-même, de chaque endroit où il pouvait aller, on n’ignore évidemment pas que l’image va supporter tout; parce qu’à l’intérieur d’une même image on peut juxtaposer sans contradiction n’importe quoi.
Le flux des images emporte tout, et c’est également quelqu’un d’autre qui gouverne à son gré ce résumé simplifié du monde sensible; qui choisit où ira ce courant, et aussi le rythme de ce qui devra s’y manifester, comme perpétuelle surprise arbitraire, ne voulant laisser nul temps à la réflexion, et tout à fait indépendamment de ce que le spectateur peut en comprendre ou en penser.
[...] Ainsi, l’enseignement du spectacle et l’ignorance du spectateur passent indûment pour des facteurs antagoniques alors qu’ils naissent l’un de l’autre.
[...] Sur le plan des moyens de la pensée des populations contemporaines, la première cause de la décadence tient clairement au fait que tout discours montré dans le spectacle ne laisse aucune place à la réponse; et la logique ne s’était socialement formée que dans le dialogue. Mais aussi, quand s’est répandu le respect de ce qui parle dans le spectacle, qui est censé être important, riche, prestigieux, qui est l’autorité même , la tendance se répand aussi parmi les spectateurs de vouloir être aussi illogiques que le spectacle, pour afficher un reflet individuel de cette autorité. Enfin, la logique n’est pas facile et personne n’a souhaité la leur enseigner. Aucun drogué n’apprend la logique; parce qu’il n’en a plus besoin, et parce qu’il n’en a plus la possibilité. Cette paresse du spectateur est aussi celle de n’importe quel cadre intellectuel, du spécialiste vite formé, qui essaiera dans tous les cas de cacher les étroites limites de ses connaissances par la répétition dogmatique de quelque argument d’autorité illogique.

décembre 8, 2006 par andoar

“Toutes les images, même les plus violentes, sont toujours pieuses” Philippe Sollers

décembre 8, 2006 par andoar

Berkeley Beauté de l’univers et intelligence infinie

“N’y a-t-il rien dans les bois et les bosquets, dans les fleuves et les sources claires, qui adoucisse, qui charme, qui transporte l’âme? A la vue du vaste et profond océan, d’une énorme montagne dont la cime se perd sans les nuages, ou d’une vieille forêt ténébreuse, nos esprit ne se remplissent-ils pas d’une angoisse captivante? Les rochers et les déserts eux-mêmes ne sont-ils pas d’une sauvagerie enivrante? Quel plaisir sincère l’on éprouve à voir les beautés naturelles de la terre! Pour entretenir et renouveler notre goût pour ces beautés, le voile de la nuit n’est-il pas périodiquement tiré sur son visage, ne change-t-elle pas de parure avec les saisons? Quelle harmonie en assemble les éléments! … Quelle délicatesse, quelle beauté, quel art dans les organismes animaux et végétaux! Avec quelle excellence les choses sont adaptées, aussi bien à leur fins particulière qu’à leur rôle de parties opposées du tout! Alors qu’elle s’aident et se soutiennent mutuellement, ne font-elles pas aussi ressortir, ne s’éclairent-elles pas les unes les autres?

Elevez maintenant vos pensées de ce globe terrestre jusqu’à ces astres glorieux qui ornent la voûte élevée des cieux. Le mouvement et la place des planète ne sont-ils pas admirablement établis pour leur destination et leur ordre? Ces planètes qu’on appelle à tort erratiques, les vit-on jamais dévier dans leurs courses répétées à travers le vide sans que pourtant leurs routes soient marquées? Ne décrivent-elles pas autour du soleil des aires propositionnelles aux temps? Telle est la fixité, l’immutabilité des lois par lesquelles l’Auteur invisible de la nature anime l’univers. Combien vive et éclatante est la splendeur des étoiles fixes! Combien magnifique et combien riche cette négligente profusion avec laquelle elles paraissent semées par tout la voûte azurée! Cependant, si vous usez du télescope, celui-ci livre à votre vue une nouvelle multitude d’étoiles qui échappent à l’oeil nu. D’ici elles paraissent serrées et petites, un regard plus proche voit d’immense orbes de lumières à diverses distances, qui se perdent au loin dans les abîmes de l’espace. Maintenant, c’est l’imagination que vous devez appeler à l’aide. Les sens faibles et bornés ne peuvent discerner les mondes innombrables qui tournent autour de leurs centres ignés; dans ces mondes l’énergie d’une Intelligence toute-parfaite se déploie à l’infini sous des formes diverses. Ni les sens, ni l’imagination ne sont assez amples pour embrasser l’étendue illimitée et son contenu scintillant. Même si l’intelligence, dans son effort, active et tend tous ses pouvoirs jusqu’à l’extrême limite, il reste encore hors de son étreinte un surplus sans mesure. Pourtant tous les vastes corps qui composent cette puissante construction, quelque distants et reculés qu’ils soient, sont enchaînés dans une mutuelle dépendance et dans une union mutuelle par quelque mécanisme caché, par une force et un art divins; même avec cette Terre, qui avait presque glissé hors de ma pensée qui se perdait dans cette multitude de mondes. L’ensemble du système n’est-il pas immense, beau, glorieux au delà de toute expression et de toute pensée! “

Trois dialogues entre Hylas et Philonous, Aubier-Montaigne

décembre 8, 2006 par andoar

Le commerce est, par son essence, satanique. Le commerce, c’est le prêté-rendu, c’est le prêt avec le sous-entendu : Rends-moi plus que je ne te donne.
L’esprit de tout commerçant est complètement vicié.
Le commerce est naturel, donc il est infâme.
Le moins infâme de tous les commerçants, c’est celui qui dit : “Soyons vertueux pour gagner beaucoup plus d’argent que les sots qui sont vicieux”.
Pour le commerçant, l’honnêteté elle-même est une spéculation de lucre.
Le commerce est satanique, parce qu’il est une des formes de l’égoïsme, et la
plus basse, et la plus vile. »

Mon coeur mis à nu, in Oeuvres complètes, Paris, NRF/Gallimard, 1954, «Bibliothèque de La Pléiade», p. 1229.

décembre 8, 2006 par andoar

SpinozaSe tenir dans la Joie

“Qui sait droitement que tout suit de la nécessité de la nature divine et arrive suivant les lois et règles éternelles de la nature, ne trouvera vertes rien qui soit dire de haine, de raillerie, ou de mépris, et il n’aura de commisération pour personne; mais autant que le permet l’humaine vertu, il s’efforcera de bien faire, comme on dit, et de se tenir en joie. a cela s’ajoute que celui qui est facilement affecté de commisération et ému par la misère ou les larmes d’autrui, fait souvent quelque choses de quoi plus tard il se repent; d’une part, en effet, nous ne faisons rien sous le coup d’une affection que nous sachions avec certitude être bon, de l’autre nous sommes facilement trompé par de fausses larmes.;”